Légende du pendu dépendu : Lisieux   

 

                   

  vitrail Lisieux JPG

  

                      Les vitraux de l’Eglise St-Jacques Lisieux. Vitraux du Collatéral sud : Deuxième fenêtre.

                                                                              Etienne DEVILLE

                                     Les vitraux de l’Eglise St-Jacques Lisieux. Etude descriptive (1928)  

 

  Deuxième fenêtre: étude complète PDF

  http://www.bmlisieux.com/normandie/devill09.htm

 

  Ce beau vitrail, habilement restauré, représente une légende empruntée aux miracles de Saint Jacques de Compostelle. Pour avoir l’explication de cette légende, quelque peu énigmatique, il suffit de recourir aux Acta sanctorum, où l’on en trouve deux versions attribuées au chroniqueur italien Luc de Marines et au moine cistercien César d’Hersterbach.

 

  Voici la substance de ces deux récits :

 

  Un homme profondément religieux, s’étant mis en route avec sa femme et son fils, adolescent d’une grande vertu, pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle, arriva à Toulouse, où la fatigue l’obligea à se reposer dans une hôtellerie dont le maître avait une fille de l’âge du jeune homme. A sa vue, le coeur de cette fille s’enflamme. Elle essaie en vain de lui faire partager ses sentiments coupables. Alors l’amour fait place à la haine et à la vengeance. Profitant du moment où le vertueux pèlerin est plongé dans le sommeil, elle glisse dans son sac la coupe d’argent de l’hôtelier et, à l’heure du départ, elle l’accuse de l’avoir volée. Le magistrat est informé, il envoie à la poursuite des voyageurs; la coupe est retrouvée, et le jeune homme condamné à être pendu. Accablés de douleur, les malheureux parents reprennent le chemin de Compostelle.

 

  A leur retour, ils veulent, une dernière fois, contempler les restes inanimés de leur enfant demeuré suspendu au gibet. Baignée de larmes, la pauvre femme se précipite avec désespoir; mais soudain la voix de son fils se fait entendre: "O ma mère, ne pleure pas, je suis vivant ! La sainte Vierge et saint Jacques me soutiennent et me conservent sain et sauf. Allez trouver le juge qui m’a condamné injustement; dites-lui que mon innocence m’a conservé la vie, et qu’il se hâte de me rendre à la liberté et à votre tendresse". Les larmes de la mère se changèrent en larmes de joie. Elle est dans la maison du juge, au moment où deux poulets retirés du foyer allaient être servis sur la table. Il croit que la douleur égare cette femme. "Bonne mère, lui répondit-il, vous rêvez. Votre enfant est vivant comme ces deux volailles". Il parlait encore quand les poulets s’agitent, et l’un d’eux se mit à chanter. Stupéfait, le juge suit les parents, convoque les habitants, et, le miracle constaté, fait détacher le jeune homme qu’il rend à son père et à sa mère.

 

  Jacques de Voragine et Vincent de Beauvais reprirent à leur tour cette légende, d’après un prétendu texte du pape Callixte II. Voici l’interprétation qu’ils en ont donnée, l’un dans la Légende dorée, l’autre dans le Miroir historial:

 

  Un homme allant avec son fils à Saint-Jacques, vers l’an du Seigneur 1090, s’arrêta pour loger, à Toulouse, chez un hôte qui l’enivra, et cacha une coupe d’argent dans sa malle. Quand ils furent partis, le lendemain, l’hôte les poursuivit comme des voleurs, et leur reprocha d’avoir dérobé sa coupe d’argent. Comme ils lui disaient qu’il les fît punir s’il pouvait trouver la coupe sur eux, on ouvrit la malle et on trouva l’objet. On les traîna de suite chez le juge. Il y eut un jugement qui prononçait que tout leur avoir fût adjugé à l’hôte, et que l’un des deux serait pendu. Mais comme le père voulait mourir à la place du fils et le fils à la place du père, le fils fut pendu, et le père continua, tout chagrin, sa route sur Saint-Jacques. Or, vingt-six jours après, il revint, s’arrêta auprès du corps de son fils poussant des cris lamentables. Soudain, voici que le fils attaché à la potence se mit à le consoler en disant:: "Très doux père, ne pleure pas, car je n’ai jamais été si bien; jusqu’à ce jour, saint Jacques m’a sustenté, et il me restaure d’une façon céleste". En entendant cela, le père courut à la ville, le peuple vint, détacha de la potence le fils du pèlerin, qui était sain et sauf, et pendit l’hôte.

 

  Comme on le voit, il y a de notables divergences entre les deux récits, et le mobile de l’accusation est, d’un côté, une vengeance de femme, de l’autre, l’avarice seule.

 

  La littérature populaire a traduit, elle aussi, cette légende, en s’inspirant du texte de Luc de Marines, rapporté dans les Acta sanctorum. Dans un recueil imprimé à Troyes, au XVIIIe siècle, nous trouvons, sous le titre de "la chanson du pèlerin de Saint-Jacques" la pièce suivante, racontant le miracle :

 

            Trois pellerins faisant séjour,

            Une fille pria l’un d’amour.

            La refusant, en sa besace,

            De nuict elle mist une tace.

 

            Par le moyen de la rusée,

            Sur luy la tace fut trouvée.

            Soudain au prévost fut mené,

            D’estre pendu, fust condempné.

 

            Ses père et mère s’en allèrent,

            En retournant, vif, le trouvèrent,

            Au chant du coq rosti.

 

            Lors, l’innocent fust despendu

            Sain et joyeux leur fust rendu.

            La paillarde fust condempnée

            D’estre par le feu terminée.

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  Le vitrail de Saint-Jacques de Lisieux, visiblement inspiré par la première version, la plus pittoresque et la plus agrémentée de détails, doit être lu en commençant par le registre supérieur, en haut et à gauche (Pl. VII).

 

   I. – Pendant le sommeil des pèlerins, une jeune fille cache un objet précieux dans un sac de voyage. – Le père, la mère et l’enfant sont couchés dans un grand lit à pentes brodées, à rideaux verts et couverture rouge. A la tête du lit, une statuette de la Vierge. Sur une tablette, un vase et un chandelier. 

                                                                                                                     

 

  II. – Arrestation de l’adolescent. – La jeune fille à cheval, conduit et commande les gardes. La scène se déroule dans un joli paysage. A l’horizon, une maisonnette et des tours en ruine.

                                                         

 

  III. – Pendaison de l’accusé. – La jeune fille, richement habillée d’une robe multicolore, désigne du doigt, avec satisfaction, le supplicié aux juges et aux autres spectateurs. Le bourreau, en chemise, les manches retroussées, a un pantalon collant mi-partie jaune et blanc avec haut-de-chausse à crevés. Il pousse du pied la jeune victime. Un magistrat, vêtu d’un manteau rouge, tient le bâton de commandement.

                                                           

                                                         

  IV. – Retour des parents. – Le père et la mère retrouvent leur enfant, toujours suspendu au gibet, mais soutenu par saint Jacques. 

                                                           

                                                         

  V. – Ils supplient le juge de le délivrer. – Celui-ci est à table avec plusieurs convives ; le coq chante debout devant lui. 

                                                           

                                                         

  VI. – L’enfant est rendu à ses parents. – A remarquer, au bas de ce panneau, au-dessus d’un château servant de fond au paysage, le supplice de la dénonciatrice ; un homme portant une longue perche attise le feu dans lequel est plongée la véritable coupable. Les deux personnages sont traités en grisaille, l’un sur fond bleu, l’autre sur fond rouge. 

                                                           

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delhommeb at wanadoo.fr - 18/05/2015