Avant de partir : Pourquoi (divers)

 

                                                             ACIR Association de Coopération Interrégionale

  http://www.chemins-compostelle.com/Fichiers/01-Conseils%20pratiques.pdf  

  

  Les motivations contemporaines

- Les motivations des cheminants d’aujourd’hui sont diverses : identifiées à une croyance religieuse établie, ou expression d’une quête spirituelle ou encore besoin d’un ressourcement et d’échapper aux enfermements sociaux.

- Elles expriment aussi bien le désir d’un autre rythme de vie, que la recherche de racines communes ("mettre ses pas dans les pas de…"), de liens et de rencontres, d’une construction identitaire, ou encore une curiosité culturelle pour l’art et l’histoire...

- Mais quelle que soit la motivation de départ, ces itinéraires demeurent une invitation à l’effort et au dépassement des limites habituelles.

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                                                                  Association Du Québec à Compostelle

  http://www.duquebecacompostelle.org/questions.html   

 

- Faire le Chemin de Compostelle comporte une expérience un peu magique. Il y a quelque chose de particulier à prendre du temps, avec soi, pour sortir d'un contexte de vie mené au rythme d'une société de consommatio,n et revoir ses priorités dans la vie. 

- Non, les vendeurs du temple ne sont pas à l'affût, ils sont bien en vue, et proposent toutes sortes de distractions que le pèlerin est libre de choisir ou pas. Mais le contexte dans lequel cette marche s'effectue facilite ces choix, puisque même ces vendeurs du temple s'imposent le respect de la personne.

- Il est possible, pour ceux qui le désirent, de faire le chemin dans un esprit de contemplation et de méditation, de silence et de sérénité. Après quelques heures de marche, il est étonnant de s'apercevoir que, malgré la présence occasionnelle d'autres pèlerins à proximité, il est possible d'être seul avec soi-même. La douleur est un excellent catalyseur de la pensée qui la ramène à "Soi". De plus, sur le Chemin, la très grande majorité des lieux de culte sont ouverts pour s'y recueillir.

- Certes, il y a des pèlerins qui reviennent déçus ou dé-illusionnés de l'expérience. Probablement à cause des attentes fixées avant le départ. Peut-être encore à cause d'une mésaventure possible, quoique rare sur le Chemin, comme une agression ou le vol; même si l'expérience est spirituelle, elle est aussi physique.

- Partez à l'aventure ! Répondez à cet appel en vous abandonnant à ce que le Chemin a en réserve pour vous. N'essayez pas d'imaginer de quoi demain sera fait (vous le savez déjà, vous marcherez...). Demeurez ouvert à l'expérience nouvelle que les rencontres provoqueront chez vous. Et jouissez de cette sérénité intérieure qui se développera et se manifestera tout au long du Chemin.

 

- Le pèlerin trouvera plaisir à cheminer, à traverser un petit village, à visiter un vieil édifice ou un monastère du Moyen Age, à s'arrêter quelques minutes en chemin, en pleine campagne, pour réfléchir sur les vestiges ou sur un ermitage encore bien conservé, à se demander comment les gens vivaient au 7è ou au 10è siècle... Il verra, comme j'ai vu à Puente la Reina, comment la population actuelle doit relever le défi de construire par exemple un système d'aqueduc et d'égout dans une ville construite au 10è ou au 12è siècle ! Où il admirera simplement le paysage, emporté dans stes rêves et son émerveillement devant tant de beauté sereine.

 

- Le dialogue avec soi-même est une activité majeure sur la route de Compostelle.

- Et le soir, au refuge, le dialogue avec les autres vient compléter cette marche spirituelle et humaine, la concrétiser, lui donner son sens. "Comment peux-tu dire que tu aimes Dieu que tu ne vois pas, si tu n'aimes pas ton frère que tu vois ?" et... "La foi sans les oeuvres est une foi morte."

- Il y aura certainement, sur le Camino, des petites déceptions, des froissements avec d'autres pèlerins... on reste soi-même, après tout ! Mais de s'être préparé, de prendre du temps de réflexion chaque soir et chaque jour, de peut-être s'arrêter pour la messe du pèlerin chaque soir vers 7 heures... tout cela replace les choses dans un contexte de cheminement intérieur évolutif et créateur. Le creuset de ces frottements et épreuves nous redonne "un coeur nouveau". 

- Compostelle nous permet de nous retrouver avec nous-mêmes. Sans télévision le matin, sans radio, sans cellulaire (j'espère; car il y a quelques pèlerins hi-tech, surtout les Espagnols). On dialogue avec la nature, les grands espaces... avec les amis aussi.

- Il faut faire confiance à la vie. Mais aussi avec une certaine prudence, avec une certaine sagesse. Cheminer seul en automne demande sans doute beaucoup d'autonomie, ... mais s'il y a peu de monde, il est plus prudent de cheminer avec un autre pèlerin. Ça soutient le moral également, au besoin, surtout s'il pleut !

 

  Pourquoi les gens font-ils ce pèlerinage?

- Les motifs sont multiples: recherche de soi et intériorisation, désir de ressourcement, besoin de changement, pause dans sa vie, démarche religieuse ou culturelle, goût de l'aventure, exploit sportif. Toutes les raisons sont bonnes ! 

- Le Chemin de Compostelle donne l'occasion d'avoir du temps à soi et de revoir ses priorités dans la vie. Il nous sort d'un contexte de vie menée au rythme d'une société de consommation. Sans télévision ni publicité, on dialogue avec la nature, les grands espaces... avec de nouveaux amis si on le désire.

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                                                       Association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques

                                                             http://partir.amis-st-jacques.org/?page_id=79       

 

                                                        Qui rencontre-t-on sur les chemins de Compostelle ?  

 

- Qui rencontre-t-on sur les chemins de Compostelle ?  Des jeunes et des vieux, des hommes et des femmes, des étudiants et des retraités, ceux qui ont pu consacrer un mois ou deux de leur vie à cette aventure.  Songez qu’il n’y a pas moins de 1600 Km à parcourir si l’on part du Puy-en-Velay, 900 seulement depuis le Somport.  Et, tout au long de ces kilomètres, toutes sortes de gens.

 

- A première vue, d’abord des marcheurs.  Mais ces sportifs sont presque toujours plus que de simples coureurs de chemins.  Quand bien même d’ailleurs ils seraient partis pour l’exploit, croyez que le plus souvent ils arriveront en pèlerins. Doublons cette catégorie par un ensemble de ‘pèlerins récidivistes”, ils ne sont pas rares, qui se sont à l’occasion d’un premier pèlerinage, découvert une vocation de vagabonds et enchaînent Fatima, La Salette, Medjugorjé et même Jérusalem à pied !

 

– Il y a, à l’évidence, des “marcheurs de Dieu”, pour lesquels ce périple est une sorte de retraite itinérante comparable à celle qu’ils auraient pu faire dans un monastère.  Ils ne sont pas les plus nombreux, mais tout pèlerin est un peu à la recherche du sacré. Plus rares ceux qui suivent un chemin initiatique tel qu’a pu en parler Louis Charpentier dans son livre “Les Jacques ou le mystère de Compostelle” (Laffont – j’ai lu 1971). Cet ouvrage enthousiasmera les amateurs d’ésotérisme. Plus réalistes sont ceux que l’on peut dire artistes, dont les appareils photographiques toujours en éveil fixent pour toujours les paysages rencontrés, et les fleurs du chemin, et les merveilles architecturales. Comme il est beau le portique de Conques !

 

- Les “Européens” sont un peu tout cela..  Cependant, souvent venus du nord lointain, jeunes pour la plupart, ils se font une joie de découvrir l’Europe sans frontière qui est à n’en pas douter celle de demain.

 

– Et il y a les autres, ceux qui ne peuvent réellement pas dire pourquoi ils sont partis. Ils sont partis parce qu’il le fallait “comme à un rendez-vous d’amour” C’est le secret que Lanza del Vasto nous révèle dans son “Pèlerinage aux sources” (Denoël 1943)

 

- Pour conclure, qui rencontre-t-on toujours sur ce chemin ? Eh bien, comme dans les auberges espagnoles, en Castille comme ailleurs, on ne rencontre que ce qu’on y apporte, de désir de rencontrer l’autre, et aussi de se trouver soi-même.  C’est une belle découverte de se regarder purifié de tous les costumes que nous imposent la vie d’aujourd’hui, et dont nous disions pour commencer qu’ils sont autant de déguisements joyeusement portés.

 

- Nous ne saurions conclure ce bref regard sur le pèlerinage à Saint-Jacques sans parler de l’arrivée à Compostelle. A l’évidence, c’est le chemin par lui-même qui est le plus important de cette aventure, mais l’arrivée peut en être le bouquet comme dans un feu d’artifice, la fin du trajet de la fusée s’épanouit en une gerbe de toutes les lumières qu'elle contenait tout au long de sa trajectoire.  Pour beaucoup, le moment clef est celui où l’on met sa main sur le portique de Jessé, à la place même où des millions de mains ont peu à peu creusé une empreinte on ne peut plus humaine, celle d’une main.. “J’ai posé mon sac, nous dit un pèlerin, et je me suis assis dans l’ombre, par terre pour pleurer tout mon soûl.  Le temps alors ne comptait plus, j’étais arrivé. Comme on met un drapeau sur le pignon fraîchement achevé d’une maison en construction, j’ai hissé à Dieu une prière de louange.

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                                               Association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques

                                               http://www.amis-st-jacques.org/pages/temoignage_002.php

 

                               La dimension humaine et spirituelle du chemin. Le chemin, qu'est-ce que c'est?  

  (Un texte trouvé dans l'Eglise de Triacastela):

 

  La dimension humaine et spirituelle du chemin. Le chemin... Qu’est-ce que c’est ?

 

  Cela va dépendre de celui qui l’entreprend : Pour l’un, ce sera un parcours sportif. Pour un autre, ce sera des vacances culturelles sur un itinéraire balisé. Pour un autre encore, ce sera un moyen de recherche spirituelle ou personnelle...La réponse précise à une interrogation personnelle. Pour un dernier, cela pourra être une recherche religieuse. Une chose est certaine, tout ce que l’on peut avoir rêvé sur le Camino se révèle faux ou différent.

 

  Le " Camino " est lui-même vivant et dicte sa loi. Il va être le révélateur de votre " moi " : Par les rencontres de tous les frères du monde entier que l’on côtoie sur le chemin ou dans les refuges. Par les limites que ton corps t’impose malgré toi.

 

  Le " Camino " t’oblige à faire la part de ce que l’on dit et de ce que l’on peut faire. Il va approfondir chez le croyant sa foi en Jésus et dans les Saints, et lui donner une idée plus juste de ses défauts et de ses vertus.

 

  En tout état de cause, le chemin est UNIVERSEL car sacré. Il fait partie de la culture de l’humanité.

 

  Pour le prêtre que je suis, j’aimerais que les gens soient plus vertueux. Qu’ils fassent moins de fautes à tout propos. Que lorsqu’ils se trompent, ils apprennent à se corriger. Qu’ils croient par amour et non par crainte. Car si vous avez peur, vous ne pouvez pas aimer. Que pour vous, la foi ne soit pas un fardeau, mais une libération. Je souhaite que votre itinéraire sur le chemin apporte dans votre vie toutes les choses que vous cherchez. Que les signes, les marques du " Camino ", restent pour vous les limites dans votre vie de tous les jours.

 

  Afin que vous, les " Jacquets du Camino ", travailliez à faire un monde meilleur.

 

  Voilà l’adresse si vous voulez écrire une carte postale. Le prêtre :

  Augusto Losada Lopez

  Parroco de Triacastela - E 27630. Lugo. España

  Courriel : triacastela@yahoo.es   

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                                                                                          André Weill  

  andreweill@orange.fr

  Zoreilles du chemin  Numéro 017 novembre 2011 - zoreilles@chemindecompostelle.com

 

  Peut-être l’as-tu remarqué, un cheminement commence souvent avec des questions. Pourquoi quitter ? Pourquoi partir ? Pourquoi le silence ? Pourquoi la solitude ? Pourquoi le chemin ? Pourquoi les balises ? Absolument tous les pèlerins que j’ai rencontrés voyagent avec ce type de questions. Mais on ne le devine pas toujours, car ces questionnements sont souvent bien planqués, bien enfouis tout au fond de leur besace. En fait, beaucoup espèrent trouver des réponses au terme de leur parcours.

 

  Et toi, pourquoi voudrais-tu partir ? Toi qui lis ces lignes, toi qui vas marcher le long des balises de Compostelle, je t'avertis. Tu ne trouveras chemin faisant que des réponses partielles et insatisfaisantes. Que des réponses qui varient aux grés et aux humeurs du temps et des rencontres. Car, forcément, les espaces dans lesquels s’écrivent les mots sont trop étriqués et trop rigides pour contenir les vraies questions. Celles qui émergent dès le commencement. Celles qui viennent de la vie ! Celles qui s’adressent à l’âme ! Celles qui nous font grandir !

 

  Si tant d’hommes et de femmes de toutes nationalités, de cultures et d’origines diverses, ont un jour décidé de fermer la télé et les SMS, c’est moins par besoin que par fidélité. Si tant d’hommes et de femmes cheminent si lentement depuis si longtemps, de manière si anachronique et sans raison raisonnable, au coeur de paysages grandioses, sur des chemins lourds d’histoires et de mystères, c’est que les statues, les bas reliefs, et les petites chapelles romanes sont plus aptes que tous discours à fissurer leur coeur de pierre.

 

  C’est que les mystères et les légendes des pays traversés sont plus porteurs de Vie que toutes les vérités qui leur ont été enseignées.C’est que les odeurs de fraternité et de terre mouillée s’offrent à tout un chacun engagé dans la simplicité du chemin. C’est que les arbres et les fontaines du Camino offrent gratuitement la simplicité de leur sagesse à celui qui prend le risque d'y déposer son sac.

 

  C’est pour ne pas oublier que le silence ne se prend, ni ne s’achète. Car le silence n’est pas une réponse à nos questions. Le silence n’est pas une question non plus. Le silence Est, un point c’est tout. C’est un cadeau, un don gratuit à celui qui écoute. Comme sont données gratuitement les premières lueurs, celles qui précèdent le lever du soleil. Comme sont donnés la pluie, le soleil et le grand vent. Comme sont données les rencontres et les paroles d'éternités.

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                                                                                      Jacques Clouteau

                                                                          livre "Compostelle mode d'emploi" 

  Zoreilles du chemin  Numéro 017 novembre 2011 - zoreilles@chemindecompostelle.com

 

  Le pèlerinage vers Compostelle, aujourd'hui comme hier, est une formidable claque à l'ordre établi et aux valeurs casanières. C'est la preuve vivante que le bonheur est bien autre chose que l'accumulation d'objets matériels.Car souvent le pèlerin, qui ne possède presque rien quand il est en chemin, semble plus heureux que ses compatriotes sédentaires.

 

  Le pèlerinage, c'est aussi la tolérance vécue chaque jour. C'est accepter comme une évidence que les autres aient d'autres modes de vie que soi, d'autres valeurs, d'autres repères. Et diminuer d'autant notre certitude d'être le centre du monde.

 

  Le pèlerinage, pour la plupart, c'est la croyance que le monde visible qui impressionne nos sens est doublé par un autre monde, invisible, empli de mystère, auquel ont déjà accédé ceux qui ont quitté cette Terre avant nous.

 

  Le pèlerinage, c'est du cristal de bonheur à l'état pur. C'est le départ au petit matin, durant des semaines, avec chaque jour des difficultés à vaincre : le mal au dos, la pluie, le cagnard, le confort spartiate. C'est prendre ces difficultés, les écraser, les malaxer, et en retirer un joli bol de bonheur de vivre, dont le contenu est si grand qu'on peut en distribuer largement autour de soi.

 

  Beaucoup se posent la question du lien entre le Chemin de Compostelle et la religion. Mais là encore ce ne sont que des mots. Le lien, il est en chacun d'entre nous. Chacun exprime sa croyance, sa joie, son espoir, sa foi, selon le silence ou le rite qui lui convient le mieux, et en respectant le rite des autres.

 

  Sachons toujours garder cette humilité et cette joie qui doivent être le lot des pèlerins. Ni course à l'occident, ni musée en plein air, le chemin de Compostelle est avant tout le parcours vers soi-même, puis, conséquence immédiate, le parcours vers les autres.

 

  Sur le Chemin, restons conscients que rien ne nous est dû ! Au contraire, c'est à nous d'apporter une petite pierre, comme à la Cruz de Ferro. En prenant le départ, il faut savoir qu'il y aura des choses difficiles à vivre, et les accepter à l'avance comme faisant partie du cheminement. Dormir sur une botte de paille, se laver à l'eau froide, n'a encore jamais tué personne, que diantre...

 

  En revenant du Chemin, n'en tirons nulle gloire, et mettons en avant les plus belles choses en oubliant les avanies qui ne sont que des accidents fortuits. Ne critiquons pas stérilement la façon dont tel hébergement a mal fonctionné, ou dont tel règlement a été idiotement appliqué. Le plus important est d'être arrivé au terme du Voyage, après des dizaines de levers de soleil, et des milliers d'heures de lumière et de liberté. Sachons témoigner avec objectivité de ce beau moment que nous venons de vivre, et donnons aux futurs pèlerins les clés pour qu'à leur tour ils partent chercher le bonheur.

 

  Le but de ce livre est justement de témoigner, de démystifier, de triturer chaque question que peut se poser le futur pèlerin, d'y répondre, mais sans aller trop loin dans la réponse, car il faut laisser au chemin sa part de mystère et d'imprévu. Lorsque l'impétrant arrivera à la dernière page, il doit simplement se dire: "J'y vais, je pars... ". A partir de ce moment, il aura des jours et des jours pour trouver lui-même les questions, les réponses, et quelquefois les deux...

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                                                                                         André (Hospitalet)

  Camino n° 117 Mai 2012

 

                                               Pèlerin de Saint Jacques et l’état de pèlerin de Saint Jacques

 

     On est pèlerin de Saint Jacques visiblement :

- On porte une coquille sur son sac à dos.

- On a demandé un crédential ou une créanciale (lisez les textes figurant sur les crédantials ou créanciales, ce n'est pas rien), et on le fait tamponner à chaque étape.

- Ce sont des signes forts d'un engagement, d'un choix de l'identité de pèlerin.

 

     Etre pèlerin de Saint Jacques c'est aussi un état intérieur :

- On accède à cet état intérieur en le désirant.

- Ce désir s'exprime chaque jour dans les actes simples qui rythment la journée du pèlerin et qui correspondent à un "lâcher prise".

- Dans les rencontres avec les autres, le partage.

- Dans l’ouverture du coeur, la simplicité.

- Dans le vivre avec peu, seulement le contenu de son sac à dos, l’humilité.

- Dans la prière, la contemplation de la nature, l’intériorité.

- Le chemin de Saint Jacques, c’est en fait deux chemins. Un extérieur et visible en marchant chaque jour vers Compostelle. L’autre intérieur et invisible.

- Ces deux chemins doivent être faits en même temps et en harmonie l’un par rapport à l’autre pour approcher l’état de pèlerin, en tirer tous les profits pour soi-même et pour les autres. En sachant d'avance que cet état de pèlerin dans la perfection, on ne l'atteindra jamais dans ce monde.

 

     Pèlerin, au retour, un autre chemin commence :

- A la maison, au bureau, à l'usine, à la ferme, dans ta paroisse, dans une association humanitaire, avec une nouvelle façon plus lumineuse, plus paisible, plus fraternelle, de vivre le quotidien.

- Dans un engagement au service de ceux qui souffrent.

- Ce que tu as reçu pendant ton chemin au travers d'attentions, d'actes d'amour discrets, redonne-le de la même façon et témoigne de ce que tu as vécu.

- Ta vie peut alors devenir un pèlerinage permanent où tu mettras en pratique concrètement ce que tu as acquis sur le chemin de Saint Jacques, et c'est là seulement que tu t'approcheras le plus de l'état de pèlerin.

- De pèlerin sur le chemin de Saint Jacques, tu seras alors pèlerin sur la terre, dans l'attente du dernier et grand pèlerinage pour lequel tu partiras avec uniquement tes actes d'amour dans ton sac à dos.

 

  André

  Gîte Pèlerin Hospitalet Saint Jacques - Aire sur l’Adour

  http://www.saintjacques-hospitalet.fr  

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                                                                                     Partir pour St-Jacques en 2011

 http://www.webcompostella.com/Partir-pour-St-Jacques-en-2011-Quel-budget-pour-quel-Chemin_a584.html

 

  S'il existe quelques inconditionnels de la randonnée pure et dure qui se lancent sur le GR65 comme sur le GR10 ou le GR20 en Corse, l'essentiel des marcheurs s'engagent dans cette aventure simplement parce qu'ils en ont ressenti, à un instant donné, le besoin, l'envie ou l'appel.

  Alors ils partent, sans chercher vraiment à comprendre...Et c'est pour eux que je souhaite écrire ces quelques conseils d'un pèlerin en marche sur son propre chemin des étoiles...

 

  Deux approches différentes de la démarche pèlerine

 

  Il existe deux manières d'aborder la préparation de son futur chemin vers St-Jacques. Les aspects financiers et pratiques, (coût, matériel à emporter...), et les motivations plus profondes qui vont orienter la manière d'aborder la démarche pèlerine (choix du lieu de départ, type d'hébergement, chemin balisé ou marche libre...)

  Comme me le disait Nicole récemment sur un de nos blog :

" Ce que j'ai retenu pour mon prochain chemin, c'est que je suivrai mon instinct , le nez au vent avec ma boussole et ma carte Michelin .. "

  Les deux éléments ne vont pas l'un sans l'autre, mais tout peut dépendre de ce que l'on veut prioriser dans son approche personnelle.

  En ce qui me concerne, il me semble que le choix de partir sur le chemin de St-Jacques, plutôt que sur le GR20 ou dans les Pyrénées, implique une volonté d'intégrer une démarche "pèlerine" au sens le plus large possible, mais symptomatique d'un état d'esprit qui doit servir de socle à toute la préparation de son chemin.

 

  Un chemin d'aventure et de liberté ?

 

  Partir de chez soi serait un idéal, bien difficile pourtant à réaliser pour beaucoup, alors le choix se porte tout naturellement pour une des voies historiques, comme celle du Puy en Velay. Peu importe finalement, l'essentiel sera de se vêtir d'un coeur de pèlerin !

  "Péleriner", ce sera d'abord faire le choix de la confiance, se laissant porter par le chemin lui-même, par les rencontres, les sourires, les lieux, les joies ET les peines...

  Ce sera donc la liberté que donne la non-réservation, laissant à la Providence le soin d'offrir ce dont on a besoin à l'instant pour continuer à avancer.

  Au fond de soi, ne vient-on pas chercher sur ce chemin une approche de la vie différente de celle, cloisonnée, structurée, garantie que l'on nous impose chaque jour dans notre société consumériste et sur-protégée ?

  C'est le moment de s'ouvrir aux autres, de laisser cette liberté grandir et respirer au rythme de nos pas insouciants...!

  Ce sera aussi la liberté de cheminer comme bon nous semble, sur le chemin balisé du GR65 (balisé comme nos vies et nos habitudes ?), mais aussi sur nos propres choix de chemin, détours ou raccourcis, comme il nous apparaîtra bon de le faire...!

  Bon pour l'esprit, bon pour le coeur, et aussi (j'y reviendrai plus bas) bon pour le portefeuille !

 

  Un chemin de verticalité ... !

 

  Chacun fera son propre chemin, et il n'en sera pas deux pareils ! Chacun trouvera peut-être ce qu'il est venu chercher, mais plus sûrement (comme nous le disons souvent) ce qu'il n'attendait pas.

  Partir en randonneur, arriver en pèlerin, peut-être...! En tout cas, au bout de son chemin, qui sera St-Jacques de Compostelle ou ailleurs, ou avant, ou plus loin, qui le sait, le cheminant y aura laissé beaucoup d'une vieille peau dont il n'a que faire, pour revêtir un habit de lumière fait de joie, d'amour de l'autre, son frère, et probablement de l'Autre qu'il aura croisé à un moment ou à un autre, au détour d'un village ou d'un accueil.

 

  EN RÉSUMÉ : ENVIE OU BESOIN DE PARTIR, FAITES-LE, AVEC CONFIANCE ET SÉRENITÉ, CAR SEUL LE PREMIER PAS EST DIFFICILE... LE RESTE VOUS SERA DONNÉ SI VOTRE COEUR EST OUVERT !

 

  Le chemin sera finalement ce que les pèlerins en feront, répondant librement à la tendre sollicitude de Celui qui est "le Chemin, la Vérité, la Vie".

  Luc de Raal

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                                                                                 Pourquoi prendre le chemin ?

                                                                                      Franck Besombes

 

  Camino n° 125 Janvier 2013

 

  Je pense qu’il y a de multiples raisons à cela, qui ne tiennent ni à l’âge ni à la condition sociale, et encore moins à la croyance. Il vient un temps, je crois, où l’on a besoin de s’asseoir sur le bord du chemin et de chausser ses chaussures de patience. Il n’est pas nécessaire, ni utile, de prendre un chemin dans la précipitation. L’impatience, la volonté ou le désir de tout savoir, de tout acquérir: connaissance, réponses, sagesse… sont futilité. Cependant, il faut se soumettre à son intuition que le temps est venu de faire le point.

 

- Certains partent avec tout ce qu’il faut pour marcher vite, faire le plus de km possible en un minimum de temps possible. C’est une approche qui en vaut une autre, mais qui satisfait l’ego et le côté exploit, qui a sa valeur, mais ne touche que les muscles et le cerveau, et non l’âme elle-même. Encore n’en suis-je pas aussi certain.

- Mais la recherche personnelle est plus liée à la volonté de retrouver la santé pour quelqu’un, l’amour pour soi-même, comme ces docteurs africains qui peuvent ramener à la maison l’amour de sa vie; elle est assimilable à l’apaisement de l’ego.

- D’autres encore, en  rupture la plupart du temps avec leur famille pour cause de séparation, de  divorce, de  rejet, recherchent des relations basées sur les mêmes valeurs d’essentiel: le boire, le dormir, le manger, le parler. Je pense que ces  nécessités sont dans l’ordre. Ils ont  besoin d’un contact  fondé sur des valeurs communes à  tous. Loin du paraître, ils  cherchent l’être chez l’autre, mais aussi en eux-mêmes. Ils souhaitent s’écarter du  paraître pour aller chaleureusement et fraternellement vers les autres, et les accueillir de la même façon. C’est aussi peut-être une façon terrible de cacher une solitude morale douloureuse.

- Il y a aussi ceux qui tentent de regarder enfin les cicatrices que la vie n’aura pas manquer de leur laisser. Ils sont plus sereins, calmes. Ils voient le paysage autour d’eux, se sentent plus allégés aussi, et constatent aussi que les souffrances passées sont guéries, que les plaies sont refermées, aussi profondes soient elles.

- Enfin, ceux qui ont une recherche spirituelle sont plus complexes à saisir. J’ai pu voir des livres d’or remplis de paragraphes sur des vrais pèlerins. "Un vrai pèlerin" qui avait accompli jusqu’à 15 fois le chemin, alors que d’autres ne l’avaient fait qu’une fois.

 

  Que peut donc être cette recherche spirituelle, si importante pour qu’elle puisse appeler n’importe qui à prendre ses godillots et son bâton pour aller à Saint-Jacques ? Celui qui a fait 15 fois le chemin est-il devenu plus sage pour autant, ou n’est il qu’un collectionneur de compostelas ? Une fois suffit-elle à devenir plus sage ? Il  est des livres que l’on redécouvre après les avoir lus des années auparavant. Il en est de même des chemins, du même chemin que l’on reprend. Il faut parfois changer de périodes pendant l’année pour que la couleur du  feuillage change, et que les émotions soient différentes. Il m’est arrivé parfois de rester béat devant un paysage comme un gloria qui montait du plus profond de moi-même, et de me dire que j’avais une chance inouïe de me trouver là. Il y a aussi l’impression que quelqu’un d’autre marche auprès de moi, ou que des présences se font sentir. Les pas, la sueur, la souffrance, mais aussi la joie, l’allégresse, de ces millions de pèlerins qui sont passés avant, doivent imprégner chaque pierre du sentier. C’est alors que l’on ne prend pas le chemin, mais que le chemin nous prend. En mai dernier, un prêtre qui officiait lors de la messe des pèlerins à St-Jacques se demandait pourquoi hommes et femmes prenaient le chemin, pourquoi ils avaient décidé de quitter leur  foyer, leurs amis, leur  confort pour connaître la souffrance, la soif, la solitude  dans  l'effort. Il disait que c'était pour rencontrer Maître Jacques, et "al final dal final", rencontrer Dieu et soi-même.

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                                               Fontainebleau - Compostelle : un pèlerinage d’action de grâce

                                                                   Marcel PIEUCHOT - Ar Jakes n 72

 

  Préambule : mon pélerinage

  Ne voulant pas répéter dans cet article des informations mentionnées sur le site editions-de-lapieuchotiere.com, je me bornerai à dire que, mon épouse étant décédée brutalement avant que nous n’ayons pu entreprendre un pèlerinage d’action de grâce pour les cinquante ans de bonheur que nous avions vécu, j’ai décidé de réaliser notre pèlerinage avec… son ombre. C’est ainsi que j’ai réalisé le parcours Fontainebleau-Vézelay-Paray le Monial-Le Puy-Hendaye-Compostelle: 2286 km entre février et mai 2013.

 

  Que représente pour vous le fait d’aller à Compostelle ?

  Partir en pèlerinage, c’est accepter de faire un effort physique, c’est accepter de pouvoir souffrir de conditions de vie plus spartiates, mais généralement… dans un but d’offrande. Et c’est ici que peut intervenir le sens du religieux, car c’est au dieu de son choix que cette offrande sera faite.

 

  Le chrétien offrira son effort à Dieu: en action de grâce pour ce qu’il a reçu, en expiation pour le mal qu’il estime avoir fait, pour honorer une promesse qu’il a faite ou le voeu qu’on lui aura demandé de matérialiser..., ou pour toute autre raison. L’adepte d’une autre religion aura vraisemblablement la même démarche. Pour un autre Dieu, ou, pour les bouddhistes par exemple, pour tenter l’approche du nirvâna.

 

  Une démarche seulement spirituelle (areligieuse) impliquera peut-être une recherche momentanée de vie moins trépidante, un retour à plus de nature ou de naturel. Épicure parlait de renoncer aux biens ni naturels ni nécessaires, en évoquant pouvoir, gloire et argent, notamment. C’est encore une "mortification", un voeu temporaire de pauvreté. L’esprit du pèlerin.

 

  Mais qu’est-ce que l’effort ? Sa rudesse est différente, là encore, pour chacun, et il nous est interdit de juger. Parcourir dix kilomètres dans une journée peut présenter une grosse difficulté; tout comme envisager  sereinement de coucher dans un lit métallique à étage, entouré de ronfleurs ne sachant même pas ronfler à l’unisson !

 

  Ma démarche a évidemment été chrétienne,  et j’ai obligatoirement été "porté" tout au long de ce Chemin, parcouru en fin d’hiver, à 74 ans, pour qu’il ne me soit absolument rien arrivé d’autre qu’un bonheur permanent, qu’une joie sans égal, quelles que soient neige, pluie et boue rencontrées.

 

  La rencontre de l’autre, l’acceptation des différences

  Car le Chemin est richesse. Indicible. Ineffable. Chaque jour qui passe, sans exception, apporte son lot de félicité. C’est Untel que vous rencontrez, avec lequel vous parlez dans un anglais approximatif. Il arrive même à ce sujet que plusieurs langues soient utilisées dans une même phrase. Tout le monde rit. Et merveilleusement… tous se comprennent.

 

  L’âge n’existe plus; j’ai cité dans mon ouvrage l’exemple de ces trois jeunes qui vérifiaient très discrètement que je suivais sans trop de difficultés dans les cinquante centimètres de neige du plateau de l’Aubrac. Ils ne m’attendaient pas bien sûr… ils étaient théoriquement fatigués… à 25 ans ! Tu parles !

 

  On attribue au Dalaï Lama les paroles suivantes: "Tout ce qui te remplit de compassion, te rend plus sensible, plus détaché, plus aimable, plus humain, plus responsable, plus respectueux de l’éthique". Est-il nécessaire d’ajouter quoi que ce soit en commentaire ?

 

  Chaque instant est béni, car la rencontre que l’on fait ou celle que l’on fera sont et seront enrichissement personnel. Quelle que soit la saison, toutes les nationalités, toutes les catégories professionnelles, toutes les conditions physiques, tous les âges sont représentés. Si elles sont de vrais chemineaux, toutes les personnes financièrement aisées redeviennent simples et abandonnent leur statut. J’ai ainsi rencontré un grand professeur d’université, mais n’ai appris son niveau social que plusieurs jours plus tard.

 

  Il arrive bien sûr que l’on souffre physiquement. Mais qu’est cette souffrance quand celui qui marche à côté de moi vient d’être abandonné par sa compagne, et qu’il ne peut cacher son désespoir que par des attitudes en faux semblant ? Quelle raison a cet homme pour s’ouvrir ainsi à mi-mots ? Comment ne pas le "casser" davantage ? Comment le faire s’interroger sur les raisons d’un tel départ ? N’est pas Freud qui veut, et seule l’écoute et la charité sont ici nos guides.

 

  L’écoute… cela semble si facile d’écouter. C’est un des miracles qu’observe tout pèlerin: sa capacité d’écoute augmente avec le chemin parcouru. L’empathie devient naturelle, car on n’est plus obsédé par le temps qui passe. Et le Chemin devient partage. "Nos défauts devraient nous donner une qualité: l'indulgence pour les défauts des autres", écrivait Rivarol. Un commentaire est-il nécessaire ?

 

  Impossible de terminer ce court article sans me référer à Claude Bernier qui a si bien décrit en une phrase tout l’esprit du pèlerin: "Être un simple pèlerin parmi tant d’autres, réceptif à la nature, ouvert aux autres, sensible à la pluie qui tombe, au chant des oiseaux, aux ruisseaux qui coulent, être attentif à celui qui nous adresse la parole; partager son pain avec celui qui a faim, offrir un verre de vin à celui qui s’assoit devant vous". Quel beau programme !

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                                                                                    Le temps partagé

                                                                Jean Luc TUAL, un pèlerin "inachevé"

  Bretagne - Ar Jakes n° 71 

 

  Oui, voilà pour moi le maître mot sur le chemin: partage.

 

  Dans notre société, où l'individualisme est exacerbé, l'égoïsme quasiment encouragé, passer un temps à partager me paraissait un projet enthousiasmant. Sur le Chemin, on apprécie vite la légèreté de l’être et l’inanité de l’avoir.

 

  Être, c’est vivre l’instant, savoir apprécier chaque moment de découverte d’une nature magnifique, d’un autre tout aussi magnifique avec qui pouvoir échanger - une parole, un sourire, un regard. De nos jours, tout le monde est connecté, mais personne ne converse plus avec un autre, tout au plus par SMS ou tchat. En dépit de la lourdeur du sac - que l’on s’empresse d'alléger au fil des kilomètres - le chemin, qui est fatigant, épuisant, harassant, rend malgré tout plus léger, car sur le Chemin, on se débarrasse de ses scories, on lâche les soucis, on laisse tomber les simulacres.

 

  L’avoir, c’est la démonstration de son statut social, du niveau de fortune: sur le chemin, tout cela est définitivement banni par le tutoiement, et surtout par le fait que tout le monde endure les mêmes souffrances et savoure les mêmes plaisirs: le partage.

 

  Le Chemin est rassurant, car il est bien balisé, à l’inverse de la vie moderne qui a perdu tous ses repères, toutes ses valeurs: respect de soi-même, respect de l’autre (sur le chemin, le salut existe encore, et la solidarité est naturelle), respect de la nature, notion d’effort, qu’il soit physique ou moral (dommage, car l’effort rend humble et tolérant).

 

  Et pourtant, paradoxe, c’est le même chemin qui nous met en danger; mais quelle liberté. Avec la technologie qui nous entoure, nous sommes surprotégés - le principe de précaution est partout. Google souhaiterait même parvenir à "l’homme augmenté, qui échapperait aux fléaux de sa condition: maladie, handicap, mort". Quel rêve, en fait quel cauchemar !!!

 

  En plus de cette notion de partage omniprésent, chacun a, au départ (ou découvre en chemin), une motivation à la poursuite de son pèlerinage - le mien a été "inachevé" (mon emploi du temps ne m’a pas permis de me libérer plus d’un mois) - mais est-il jamais achevé ?

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                                                            Christiane François  christiane.francois6@orange.fr

                                                                                Zoreilles 49 (JAN 2015)

 

  Et tant pis, si sur le chemin on rencontre...

- des ronchons, des grognons, des râleurs,

- des radins, pour qui le donativo même est trop cher,

- des "pas-gênés", qui reviennent, tout propres, des douches, et, soulagés, des toilettes, mais ont laissé derrière eux du travail à ceux qui les accueillent

- des ronfleurs, type tracteurs, karchers, tondeuses, qui travaillent la nuit dans les dortoirs

- et, - honte à eux - des faucheurs de chaussures, de bâtons, ou des voleurs matinaux du pain, du paquet de beurre et de la boîte de sucre du petit déjeuner.

- des épiciers, bienvenus malgré tout dans des villages moribonds, qui vendent la boîte de thon au prix du caviar, et l'eau minérale à celui d'un vin correct,

- même si le pain frais date d'hier dans le dépôt de pain qu'on espère, le ventre vide, depuis des heures,

- même s'il faut parfois se faire mince comme une limande pour passer entre les lits, et ne pas voir dessous les mimis de poussière et les mouches mortes,

- même si l'on doit inventer un langage, se comprendre avec les yeux et parler avec les mains, car nos mots ne disent rien à l'étranger qui nous questionne,

- même s'il faut avancer vaille que vaille dans la pluie et le vent ou transpirer sous le soleil,

- même si, quelquefois, les articulations, le dos, les jambes, les épaules, les ampoules, tour à tour clignotent,

 

  Si ma carcasse, aujourd'hui enchaînée, accepte de se dénouer, je repartirai dans l'allégresse, le printemps prochain:

- pour la fraternité exceptionnelle vécue dans un espace-temps sans pareil

- pour m'enivrer de liberté, de traversées et de rencontres

- pour bénir l'hospitalier qui a ouvert le gîte plus tôt car il pleut, qui offre une boisson chaude, un sèche-linge, et un tas de vieux journaux pour bourrer les chaussures

- pour les tablées de bonne humeur, aligot, boeuf en daube, ou lentilles du soir

- pour ces gestes infimes tout au long des kilomètres, ces échanges de pansements, de gouttes miraculeuses, d'encouragements, de sourires

- pour le miracle des chapelles romanes et leurs sculptures naïves, pour la mise au tombeau de Moissac, pour les paysages vides de l'Aubrac ou de la Meseta, comme des appels au mysticisme

- pour l'inattendu, l'inespéré, et toujours l'envie de vivre ce que le lendemain nous réserve....

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                                                                        Grande randonnée ou pèlerinage

                                                        Pierre Swalus - pierre.swalus arobase verscompostelle.be

 

  Un ami me parlant de la relation faite par un pèlerin de son pèlerinage, et de ce qu’il y avait trouvé pour lui-même, me disait qu’en l’écoutant, il avait été déçu du peu de lien fait avec Compostelle, et qu’il avait pensé que ce pèlerin aurait pu trouver la même chose en marchant sur un GR… Cette remarque m’a amené à réfléchir à ce qui différenciait le GR du chemin de pèlerinage, ou autrement dit: en quoi le pèlerinage se différencie-t-il d’une randonnée ?

 

  Je devrais pouvoir trouver des réponses à cette question puisque avant d’être des pèlerins, nous avions été, ma femme et moi, des randonneurs, et qu’entre nos pèlerinages, nous avions continué à randonner (nous avons été 7 fois à Compostelle, et avons d’autre part fait 26 randonnées). La première fois que cette question nous fut posée, c’était en 1990 lors de notre premier pèlerinage, et nous entendions de la bouche d’un pèlerin allemand que nous rencontrions régulièrement, dire : « Nous avons plus beau en Allemagne… Ce n’était pas la peine de venir si loin ! Trop de marche sur les routes. »

 

  Dans son journal, Simonne (mon épouse) écrivait le soir: « Il m’a fait toucher du doigt toute la différence qu’il peut y avoir entre le chemin d’un GR et celui d’un pèlerinage. Lors du pèlerinage, nous accomplissons le chemin comme une tranche de vie où l’on prend tout: le bon, le moins bon, le beau, le quelconque. On ne sélectionne pas. Il pleut, la route est mauvaise, il fait trop chaud. On continue, on ne prend pas le bus pour autant ! On accomplit le chemin quel qu’il soit. On l’accepte et on le fait jusqu’au bout (si c’est possible !)… /… si le trajet a été beau et merveilleux, tant mieux. C’est une joie supplémentaire, c’est comme un cadeau. Sur le GR nous cherchons le beau, le pittoresque. Si le chemin devient trop quelconque on va voir ailleurs, s’il pleut trop longtemps, on peut arrêter… ».

 

  Ceci me semble déjà une réponse, mais on peut réfléchir plus avant. On pourrait se demander si un pèlerinage ne se distingue pas par le fait que, d’une part, on marche sur un chemin de pèlerinage, et que d’autre part on y côtoie de nombreux autres pèlerins. Notre expérience nous dit que cela n’est pas suffisant comme distinction: lorsque nous sommes partis de chez nous en Belgique pour rejoindre la première fois Vézelay, puis Le Puy, ensuite Montpellier, et enfin Tours, nous n’avons pas suivi un chemin de pèlerinage tracé, nous avons établi notre propre itinéraire, et nous n’y avons rencontré aucun autre pèlerin… et sur notre premier chemin (en 1990), nous avons dû attendre la montée vers Roncevaux pour rencontrer les premiers pèlerins. Et cependant, pour nous, nous étions à notre 60ème jour de pèlerinage ! Bien que les rencontres avec d’autres pèlerins soient une des richesses apportées par le pèlerinage, ce ne sont pas elles qui définissent le pèlerinage, pas plus d’ailleurs que le chemin suivi.

 

  Ce dernier point est encore confirmé pour nous par le fait que nous avons marché sur les mêmes itinéraires en pèlerins et en randonneurs. En 1994, nous avons pérégriné jusqu’à Compostelle en empruntant en France le chemin passant par le Puy-en-Velay, et en 1997, nous avons randonné du Puy à Cahors. Qu’est-ce qui distinguait ces deux marches ? D’abord, le fait que lors de notre pèlerinage, si nous suivions en gros les villes-étapes du GR, nous abandonnions allègrement le GR lorsque des chemins de traverse étaient plus directs, tandis que lors de notre randonnée, nous avons suivi en totalité les 325 km du sentier balisé. Ensuite, par le fait que nous n’étions pas dans les mêmes dispositions d’esprit: dans le premier cas, nous étions des pèlerins, et dans le second, nous étions des randonneurs !

 

  Il nous semble donc clair que ce qui distingue une « randonnée sur un GR » d’un « pèlerinage », c’est avant tout l’état d’esprit de celui qui se met en marche. Comme le disent J. CHÉLINI & H. BRANTHOMME « Le pèlerinage fonctionne comme la manifestation matérielle d’un itinéraire spirituel… /… Le pèlerin s’engage totalement, physiquement et spirituellement… ». C’est parce que le marcheur s’engage dans une démarche spirituelle, d’ouverture, de questionnement, d’écoute, de recherche, de lâcher-prise, « qu’il entre dans la grande famille des pèlerins, et que son chemin devient un chemin de pèlerinage ».

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delhommeb at wanadoo.fr- 04/05/2017